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DUOLOGIE

premier cycle

31 mars 2020

Afin de réaliser sa programmation artistique qui se déploiera du 1er avril 2019 au 31 mars 2020, DARE-DARE propose cette année un mode d'action par jumelage plutôt que le traditionnel appel à projets. Le centre est motivé par la prise de risque en création et souhaite voir émerger des œuvres/interventions inédites qui seraient le fruit de collaborations hybrides entre artistes et/ou chercheur.e.s de tous les horizons.  

DUOLOGIE consiste à former des tandems originaux, pour dynamiser par ce jumelage et par la richesse de la rencontre la sensibilité et la singularité des approches de recherche mises en dialogue. Le comité a formé les duos à partir des champs de recherche des candidat.e.s         

Notre plan est clair : faire des cocktails explosifs et bouleversants de beauté, de finesse et d’intensité.

Notre mission consiste à explorer, interroger et faire évoluer les pratiques, les espaces et les modes de diffusion de l’art actuel et participer à sa démocratisation et son accessibilité. Pensée par le comité formé de Christian Bujold, Érick d'Orion, Martin Dufrasne, Stéphane Gilot, Julie Isabelle Laurin et Julie Lequin, la DUOLOGIE se déploiera sur deux années consécutives, le premier cycle se compose des jumelages suivants :

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NADY LARCHET + STÉPHANIE NUCKLE

ANNE BÉRUBÉ + SARAH CHOUINARD POIRIER

RAPHAËLLE de GROOT + JENNIFER ALLEYN

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DÉMARCHES ARTISTIQUES

telles que présentées par les artistes

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JENNIFER ALLEYN

Attirée très tôt par la capacité du cinéma à révéler le sens caché des choses, à donner accès à l’intime, à travers l’œil scrutateur de la caméra, Jennifer Alleyn poursuit aujourd’hui son exploration par le biais de l’installation et de la photographie. Les frontières disciplinaires importent peu. Artiste multidisciplinaire, elle est tantôt cinéaste, tantôt artiste visuelle, tantôt auteure. La caméra, comme le crayon, permet à l’invisible de se dévoiler. Elle puise dans sa double formation en cinéma et en arts visuels pour réaliser des œuvres qui dialoguent avec le médium et son langage propre, que ce soit la vidéo, la photographie ou l’installation ; toutes susceptibles de devenir le médium nécessaire pour exprimer une idée poétique.

Dans sa pratique, tout comme dans la vie en général, elle se débat avec l’idée de la finitude. Pour survivre, elle rassemble les morceaux perdus, mue par le besoin de donner un sens au désordre. Tant par le montage des images au cinéma, que l’assemblage d’images ou de mots, ses oeuvres procèdent d’un même mouvement de rapiècement.

Au fil de sa recherche, émerge un regard sensible sur l’état psychique de l’être. Délaissant momentanément la lourdeur du cinéma, elle s’investi aujourd’hui dans un travail d’atelier. Les oeuvres plastiques en cours, émanant d’un glanage permanent d’images et de mots, entremêlent le réel et la trame fictive pour aborder, entre autre, le thème de la perte.

L’installation immersive répond à ce désir de traduire la fragmentation, par une mise à plat de l’éclatement et de l’implosion. Les œuvres sur lesquelles elle travaille actuellement combinent l’écrit et l’image en mouvement. Les deux procédés concourent à redonner un sens, une direction à une réalité qui n’en a plus. Elle invite aussi la photographie, la littérature ou la poésie à traduire ce questionnement existentiel. L’obsession du dialogue, qu’il soit entretenu avec l’absent ou avec un interlocuteur vivant, révèle le heurt paradoxal entre l’expérience humaine et l’incapacité de la dire.

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ANNE BÉRUBÉ

                                                                                                           Même en tendant vers soi, tous les chemins mènent à l’autre.

La façon dont je « marche », comment j’avance et comment j’explore la vie en ce monde prend à mes sens une dimension « polyphonique » : performeuse, chercheure, autrice, professeure, militante… je marche en zigzag sur des routes multiples, passant de l’une à l’autre par des chemins de traverse.

Même si sur le long terme ma démarche s’apparente à celle de la coureuse de fond ou de la randonneuse au long cours, j’avance néanmoins dans le champ de l’art en butinant. Mes pérégrinations, quelles qu’elles soient, ne s’inscrivent pas dans un itinéraire clairement balisé. Les territoires non hiérarchisés que je sillonne sont vastes et changeants, et ils sont marqués par la mouvance performative.

Depuis plus d’un quart de siècle, le performatif est le phare qui me guide. C’est sa lumière que je cherchais à l’époque où j’ai fait de l’installation un objet d’études. C’est vers lui que je me dirigerais lorsque je me suis intéressée aux manifestations du furtif et aux pratiques interventionnistes dans l’espace urbain. Le performatif a toujours été au cœur de mes interventions : comme poétesse, comme autrice, comme danseuse, comme performeuse, comme conférencière, commissaire ou facilitatrice de workshops… Je suis même partie à sa recherche dans la rue, suite à quoi j’ai coréalisé des films et contribué à mettre sur pied des événements cinématographiques ou performatifs au travers desquels j’ai continué à militer pour le bien commun.

« Nécessité du  vivant »,  « flux  relationnel »,  « forme de résistance »,  « agent de changement »,  « conscience radicalement fluide », « capacité à être », « expérience transformationnelle », « ce que la pratique s’invente pour vivre » : depuis 2007, j’œuvre avec le collectif TouVA (Sylvie Tourangeau, Victoria Stanton, Anne Bérubé) à réfléchir aux modes d’être du performatif. Ce performatif, nous l’avons abordé, à force d’observations en acte et non sans humour, comme une faculté sensorielle à acquérir : un 7e sens.

Véritable chantier participatif, le groupe d’étude qu’est notre trio a parcouru dans la dernière décennie une longue route (aux sens propre et figuré) ponctuée d’étapes et de rencontres marquantes. Les sentiers empruntés nous ont ainsi menées, de performances en conférences, de workshops en résidences, de blogues en coaching, vers la publication d’un livre impliquant les voix d’une trentaine d’artistes passionnée•es parmi ceux et celles (tout aussi passionné•es et passionnant•es!) avec qui nous avons eu le plaisir de collaborer pendant notre ô combien houleuse mais festive traversée.

Depuis les lancements du 7e Sens (à Montréal, Québec, Sherbrooke, Sept-Îles, Carleton, Toronto et Calgary), nous poursuivons dans la veine participative qui est la nôtre en créant des laboratoires d’expérimentation   (des   « funshops »)   nous   permettant   de   construire   des   communautés momentanées  autour  de  thématiques  liées  au  performatif  (par  exemple :  le  territoire,  la collaboration, les activismes, etc.). 

L’échange dynamique qui est au cœur du processus touvaien traverse toute ma pratique personnelle. La création chez moi s’exprime le plus souvent sur le mode de la coprésence. J’adore m’immiscer dans des projets qui s’ébauchent, jouir dans les interstices de l’autre, vibrer au rythme des pas dessinés par celui ou celle qui se meut devant moi. Je pense que je pratique une forme d’immixtion sans ingérence. Je suis une coureuse de fond qui marche à relais.

Comme les territoires physiques que je sillonne et qui inspirent mon travail (le fleuve, la montagne, le bleu de l’horizon vaste et large aussi loin que le regard peut porter), les territorialités que mon parcours adisciplinaire ont dessinées au fil des années se répondent l’une l’autre, s’interpénètrent, se confondent, s’enchevêtrent, se nourrissent et se relancent.

Ainsi, c’est sur le mode de la passation que j’enseigne depuis vingt-trois ans la littérature au collégial.

Je considère l’enseignement comme une forme de relais permettant aux étudiantes et aux étudiants

d’apprivoiser la culture en l’analysant et en s’y confrontant certes, mais aussi en la vivant et en la créant. (Je suis encore persuadée qu’en œuvrant à favoriser le développement de l’esprit critique chez les jeunes adultes de ce temps, je contribue à faire œuvre sociale. Je m’évertue à enseigner la poésie en acte, c’est dire le délire!)

C’est aussi sur ce mode (de transmission, de collaboration, de circulation, de dissémination) que j’ai accompli mes meilleurs projets d’écriture. Par exemple, pendant 15 ans, j’ai correspondu en corps, en  matière  et  en  mots  avec  l’artiste  « fluxien »  Jean  Dupuy  par  le  biais  de  compositions anagrammatiques, de livres d’artistes, de « plantations » de poèmes à la montagne, d’un long projet épistolaire initié depuis Les Correspondances d’Eastman. J’ai aussi en mémoire le projet « S’étaler à la verticale », une résidence poétique collective « à relais » sur le frigo de l’artiste Sylvie Cotton.

Les mots, qu’ils soient calligraphiés sur papier, peints sur des pancartes, tagués sur des murs ou reproduits au pochoir, qu’ils se présentent sous forme de nouilles (Alphabets), de jetons de Scrabble, de languettes magnétiques ou d’autocollants, les mots, oui, alimentent mes recherches (et envahissent mes carnets d’écriture) depuis au moins deux dizaines d’années.

Une chose en amenant une autre, c’est en tant que maillon d’une chaîne collaborative exceptionnelle que j’ai pu devenir chercheure (à Skol, chez Artexte, au sein du collectif TouVA), danseuse (dans les projets O.D.N.I. de Katya Montaignac) ou militante (auprès des PCLH, du Panda Crew, de 99% Média et à Courts Critiques), notamment.

À force de traversées d’un milieu à un autre, ma marche a, au fil des années, gagné en force, en sens et en cohérence. Je n’aurais jamais pu infiltrer l’interstice social si je n’avais pas d’abord expérimenté les méandres de l’intervalle artistique. Et inversement… J’ai en moi une vitalité qui illumine mon enseignement hétérodoxe et qui fait de moi la luciole que je suis pour mes élèves, mes collègues, ma famille et les autres artistes qui m’entourent.

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SARAH CHOUINARD POIRIER

Je suis une artiste de la performance basée à Tiohtiá:ke (Montréal). Je crée diverses formes et situations performatives où je sers de canal afin d’élever des voix et d’adresser les inéquités et injustices sociales soulevées par les récits de personnes vivantes. En rendant hommage à des individus et des œuvres que je considère importantes et sous-représentées, je travaille à créer des modes de transmission et d’historicisation alternatifs qui misent sur les liens relationnels et la communauté.

Je crée à partir  d’une  perspective  féministe et  avec une approche  du  soin. Ma  pratique artistique est entre autres informée par ma pratique en intervention communautaire auprès de femmes en difficultés. Mes performances et leurs processus de création sont des tentatives de résister à la silenciation des personnes, récits et œuvres continuellement inscrites dans une histoire des vaincu.e.s. Je m’intéresse à la personnalité et au langages comme lieux d’autodétermination et de résilience; aux paroles des personnes marginalisées, stigmatisées, criminalisées; aux relations de travail, particulièrement aux conditions de travail des femmes et à la valorisation de leurs présences dans des milieux typiques comme atypiques. L’histoire de l’art, tout comme les faits divers et la culture vernaculaire me servent aussi de leviers de création. Dans les dernières années, j’ai travaillé de nombreuses fois à partir de films documentaires sur et par des femmes, poursuivant des processus entamés par les documentaristes tout en proposant une réponse performative à leurs travaux.

Ainsi, j’instigue des dialogues entre les médiums, mais aussi entre les publics. Je tente de défaire les appréhensions quant à « la performance », que je souhaite démocratiser tout en veillant  à  valoriser  des œuvres sous-représentées  et  les  vécus  de  personnes  dites « ordinaires ». Je mise sur l’égalité des intelligences et offre des clés de lecture accessibles ; il est fondamental pour moi que mon travail soit décodable, par respect pour les personnes avec qui je collabore et leurs communautés, à qui j’adresse également - et parfois davantage - mes performances.

Je poursuis une démarche ancrée dans les textualités, dans la citation et l’oralité comme véhicules de transmission des idées et des vécus. Je travaille avec des œuvres littéraires et philosophiques,  des  documents d’archives,  et  avec  des  verbatims  de  conversations.  Ce recours à l’oralité est néanmoins ancré dans une pratique performative basée sur le corps, sans en être une d’incarnation.  J’utilise les états physiques, les situations avec le public, l’action et l’objet  afin de créer des récits  performatifs.  Chacun de mes projets impose sa propre recherche esthétique, indétachable de son contenu. Les esthétiques que je développe visent à provoquer des processus d’identification et d’empowerment. Aussi, j’utilise l’anecdote et un humour dosé afin d’aider le public à approcher - à se mettre en lien avec - des sujets parfois chargés.

Mon travail implique directement les personnes qui l’inspirent et prend donc son sens dans l’éthique des processus relationnels qui le soutiennent. J’instigue et soigne des liens fondés sur la confiance et le partage de la parole, des liens de communautés et de pensée. Le travail existe par et travers ceux-ci, et je nourris l’objectif qu’il impacte positivement - dans une perspective de reprise de pouvoir - les vies de personnes avec qui je collabore et la mienne. Lorsque quelqu’un.e m’accorde  sa confiance et me confie son récit, j’essaie de l’impliquer dans les étapes du processus de création tout en respectant ses limites et sollicite un consentement actif. Enfin, à chaque projet, je considère que je contracte une dette à vie : je m’estime redevable et m’applique à me rendre digne de cet échange en continuant de nourrir une relation, un partenariat à long terme avec cette personne.

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RAPHAËLLE de GROOT

Porter mon attention sur ce qui n’est pas visible comme tel mais qui participe de l’expérience du monde, la constitue de l’intérieur. Faire basculer le point de vue pour considérer ce qui, de cette expérience, demeurerait autrement dans l’ombre, imperceptible. Cette recherche qui interroge le regard et les perceptions est au centre de ma pratique. Elle m’amène à sonder l’envers de tissus sociaux — côtés cachés, oubliés, délaissés ou négligés.

Je travaille au contact de réalités humaines, me déplace et m’immerge dans des milieux de vie, de travail, dégageant des terrains de création à même ces expériences par le biais de processus participatifs et collaboratifs. Au cœur de ceux-ci: la notion de réciprocité, l’écoute, le geste et la collecte de données, de traces et de récits de toutes sortes, sous forme de dessins, de photographies, de vidéo, de texte ainsi que d’objets et de documents variés. La performance supporte ou accompagne en marge cette démarche, me permettant d’expérimenter des états d’attention et d’engagement liés aux réalités et questions explorées.

D’autres projets reposent davantage sur des situations mises en place dans des espaces associés à l’art (musée, galerie, centre d’exposition, école d’art, etc.), que j’envisage alors comme lieux de rencontre et d’expérimentation —d’exercices partagés—, installant un terrain de création autour d’actions ou de présences performatives: je m’aveugle, je m’encombre, je porte… Ces gestes engagent une forme d’échange ou de participation, ou encore découlent de dons ou d’autres éléments recueillis auprès de participants. Un lien s’établit alors comme condition du processus — d’où la notion d’exercice partagé. 

Ces approches se rejoignent et s’entremêlent, parfois dans un même projet s’emboîtant à la manière des poupées russes. En effet, le déplacement dont je parle, de l’artiste et de la création dans différents milieux, est aussi une situation qui se voit mise en place à partir d’un réseau artistique ; elle y est souvent diffusée et peut donner lieu à des oeuvres qui y seront exposées. De même, les espaces dédiés à l’art —à sa présentation, sa diffusion, sa conservation et son enseignement— constituent eux aussi des milieux humains à sonder au même titre que d’autres.

Ce travail m’a conduite à assumer graduellement une vie nomade qui s’articule aujourd’hui entre le Canada, l’Italie et le Brésil. Mes déplacements récurrents en Italie ont commencé en 2002, alors que je m’intégrais à la routine des ouvriers et ouvrières d’une usine textile à Biella dans un projet mené avec la Fondation Pistoletto (8x5x363+1, 2002-04). Plus tard, d’autres projets comme Il volto interiore (2007) et Tous ces visages (2008) m’ont poussée à vouloir faire de la recherche au Brésil par affinité avec des artistes/penseurs Brésiliens (Lygia Clarke, Paulo Freire). J’ai concrétisé cette intention en 2013. Mon contact avec le Brésil, et aussi les implications d’une vie personnelle et familiale travaillée par les frontières, par différents systèmes de valeurs et de normalisation, aussi par différentes constructions sociales et culturelles, ont commencé à pénétrer dans ma pratique, et à créer une synergie complexe, peu confortable en même temps qu’extrêmement stimulante pour la création. Comment la mobilité travaille-t-elle mon écoute du monde, dans l’écart entre des points de vue global(isant) et local(isé), entre des perspectives dominantes/coloniales/privilégiées et minoritaires/ résilientes/désavantagées, ou encore, entre l’art et d’autres réalités humaines?

De ce point de vue, le projet Le Poids des objets (2009-16) apparait comme le fruit de ma réalité nomade. Développé autour d’une collection d’objets «embarrassants» que des participants me léguaient pour s’en libérer, il explorait la vie des choses, leurs nombreux transits depuis leur fabrication, à l’étanchéité des espaces qui  les  séparent  ensuite.  Objets  personnels,  du  commerce,  institutionnalisés.  Comment  les  sortir  des catégories qui limitent leur usage? Paradoxalement, je m’encombrais de leur charge alors que ma vie me demandait d’être sans attache matérielle. Sur une période de sept ans, au fil de voyages, de résidences et d’actions multiples, j’en suis arrivée à considérer ces objets comme des compagnons, puis des protagonistes. Ils sont devenus un collectif dans les Rencontres au sommet (2014-16). Cette suite de trois expositions abordait le musée comme un objet de plus à déprendre de sa désuétude. Elle mettait en scène ma collection en un rassemblement où la disposition des choses s’échafaudait sur place, intégrant une soixantaine d’emprunts qui provenaient des recoins délaissés et méconnus de collections de musées d’art, d’histoire et de communautés de trois provinces canadiennes. Dans chacun des lieux, le projet était une occasion de travailler autrement dans  l’institution  notamment  en  sollicitant  la  collaboration  créative  des  équipes  muséales  lors  de performances.

Le projet Subsistances ●  Inniun (2016-17) reprend certaines stratégies de ce cycle antérieur, par exemple: la figure de la collectionneuse qui devient cueilleuse; l’agencement «ici-maintenant» d’objets et d’éléments disparates; l’oeuvre-événement qui se construit dans la mobilité imposant une épreuve d’adaptation. Menée en région «éloignée» (Côte-Nord) auprès de communautés autochtones et non-autochtones vivant face à un archipel,  ma  recherche  s’est  appuyée  sur  l’expérience  de  ce  territoire  pour  développer  un  dialogue interculturel. Les îles d’un archipel entretiennent des liens au-delà de l’espace marin qui les sépare. Cette particularité de l’espace géographique porte à être attentif à ce que la discontinuité même (cette distance qui sépare), produit néanmoins comme cohésion. L’initiative explorait ainsi aussi de nouvelles préoccupations : les notions de connexion et d’attachement au territoire, sa biodiversité, la résilience des communautés qui l’occupent et les formes de coopération/métissage qui adviennent à travers la culture matérielle. Après cette année passée sur la Côte-Nord, c’est maintenant la ville qui me paraît éloignée du reste, et le dialogue —le lien— qui devient œuvre.

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NADY LARCHET

Ma démarche artistique se penche sur les notions de questionnement et de démonstration des répercussions qu’ont certains développements sociaux, politiques, économiques, écologiques et technologiques sur l’humain et son environnement. Les arts médiatiques et électroniques dominent cette recherche depuis plusieurs années. Dans mon travail récent, je m’intéresse plus particulièrement à la présence d’ondes, de signaux et de particules en suspension dans notre environnement, ainsi que les impacts qu’ont ceux-ci sur nous, tout en posant un regard sur la responsabilité de l’humain face à ces présences invisibles.

 J’utilise grandement les nouvelles technologies dans l’élaboration de mes projets et fabrique également mes propres machines qui me servent d’outils ou de dispositifs de présentation. Le son est un aspect important au sein de mes recherches, ainsi que l’apport technologique, qui, à la fois j’utilise et je questionne.

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STÉPHANIE NUCKLE

Interdisciplinaire, je conjugue l'art performatif, l'installation, le dessin, l'art imprimé ainsi que  des méthodes d'altération et de détournement d'objet du quotidien. D'origine lavalloise, j’ai une  sensibilité particulière aux problématiques de la banlieue, de la ville et du développement de l’art actuel dans ma communauté. Mes projets sont  donc  axés sur différents types d'interactions humaines avec  le territoire, en prenant en compte les jeux de langage, la mémoire collective, l'environnement, l'habitation et la cartographie comme sujets de recherche et d'expérimentation. Entre  ville et banlieue, c'est  par des interventions discrètes et appuyées que  je tente  d'activer l'espace public et les non-lieux, le temps d'une  marche, d'un parcours, voire d'une  occupation.

Avec  un  besoin  désespéré de  nature en  ville,  j'ai  présentement une  certaine  attirance  à  visiter  les  terrains vagues qui deviennent friches et forêts, en  particulier en  zone  industrielle. Mes déplacements à pied et à vélo deviennent pour moi une façon de performer et de recartographier subjectivement le territoire tout en témoignant de  ces espaces que  je considère comme de  véritables résistances naturelles. Je veux  ainsi traiter d'un  rapport intime   avec   les   fragments   de   la   texture   urbaine   grâce  à  mes  parcours  et   mes  rencontres.  Les   objets abandonnées qui  occupent cette  nature fragile  forment  pour  moi  un  ensemble  de  témoignages  silencieux  et révélateurs de  notre  société de  consommation. Ils sont  porteurs d'indices et de  mémoires et je prends plaisir à les extirper de leur contexte premier pour leur donner un sens nouveau.

Mes interventions me permettent d'explorer les potentiels des contextes, du temps, de l'engagement du corps et de  l'identité  comme stratégie  de  subtilisation  et  d'intervention  dans la  réalité. De  l'hiver  au  printemps  ou  de l'automne à l'hiver, la nature changeante de la météo me permet d'observer une  adaptation dans les habitudes de  vie et dans la façon dont  le corps réagit et se meut  dans l'espace. Exposé aux  intempéries de  la vie, c'est ainsi   que   la   notion   de   l'imprévu   et   de   l'inachevé   s’immisce   dans mon   travail.   Je  veux   encourager  les opportunités, les erreurs et les contradictions à se produire à travers mes expérimentations. À la fois exaltant et dérangeant, l'imprévu nous confronte indubitablement à une  tangibilité de la réalité qui nécessite de nous ajuster constamment à ce nouvel état  transitoire. C'est  en prenant conscience de l'existence de ces accidents et en les soulignants que  s'enclenchent un effet de  mobilité continue. La performance me  permet alors de  vivre ce  type d'inconfort  et  d'être  alerte  aux  détails  inhérents  du  quotidien.  Ce  médium  est  un  atout,  une  attention  et  une intention supplémentaire à ma compréhension du monde. C'est  ainsi que j'éprouves les impératifs de rationalités obsessives de  notre  quotidien. Subtilisant les non-dits de  notre  environnement social, j'utilise la signalétique, le mobilier urbain et les objets abandonnés afin de les récupérer et de les transformer. Il s'en  va d'une  propension vers le ludique, la dérision douce, le pied-de-nez et une  volonté profonde à vouloir créer  des initiatives de productibilités  discutables. Je cherche ainsi  à  vouloir  exercer et  exploiter,  malgré  moi,  cette  tendance critique des beaux jours.


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