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Historique

DARE-DARE [daRdaR] loc. adv. (1642; o.i.) Fam.

Promptement V. Hâte (en toute hâte), précipitamment, promptement, vite. Accourir dare-dare.

DARE-DARE a été fondé et incorporé en 1985, dans le cadre de l’Année Internationale de la Jeunesse, sous la raison sociale de «Centre de diffusion d’art multidisciplinaire de Montréal». Située dans un ancien salon de barbier, au 1320, rue Laurier Est, la galerie a comme premier mandat de diffuser l’art des jeunes de 18 à 35 ans, tout en favorisant le travail multidisciplinaire.

Le projet, subventionné par le Secrétariat à la Jeunesse (Gouvernement du Québec), devait prendre fin le 31 décembre 1985. Après plus de trente années d’existence, grâce à l’acharnement et la volonté des membres et du personnel qui se sont succédés, le centre poursuit son mandat de diffusion avec toujours autant vigueur et d’enthousiasme.

Sylvie Cotton, Diane Tremblay et Claire Bourque, les fondatrices du centre, voulaient donner une chance aux jeunes artistes d’exposer et de vendre leurs œuvres, offrir un lieu transitoire entre les artistes et les galeries établies et sensibiliser une vaste population, notamment les gens du quartier, à l’art actuel. (La volonté initiale d’aller vers un public diversifié existe toujours et n’a pas cessé d’être actualisée et incarnée.)

À chaque deux semaines, on y présente une nouvelle exposition solo, duo ou collective. Entre le 31 juillet 1985 et le 3 juillet 1986, DARE-DARE a présenté au total 28 artistes de diverses disciplines, soit une installation-performance, une soirée de poésie, des expositions de gravure, de dessin, de céramique, de peinture, de photographie, de collage et d’installation. À l’époque, le plus grand désir de Sylvie Cotton, principale instigatrice du projet, était de «faire de sa galerie un lieu de rencontre pour les artistes» où l’on pourrait organiser des soirées de lectures et donner des petits récitals.

Le centre est à l’origine de nombreux évènements. Parmi les plus marquants, on retient: le Festival international des musiciennes innovatrices (1986), Art et littérature féministe (1988), Dansité (1988), 11 artistes dans leurs quartiers (1990), Les Femmes, l’Art et la Joie (dans le cadre du 5e anniversaire du centre en 1990) et Les Cracheurs d’images (1993).

Depuis les tous débuts du centre, la programmation en art visuel n’a cessée d’être ponctuée d’activités de diverses disciplines. Des artistes aux pratiques mutiples tels que Marie-Hélène Robert (1986), Geneviève Letarte (1987), Nathalie et Jean Derome -DeRomeMaChine- (1989), Pol Pelletier (1990), Marie Bourassa (1995), Suzanne Valotaire (1996), André Martin et Bianca Coté (1996), TERRA NOVA, un groupe international d’artistes multidisciplinaires (1997), le trio Martin Tétreault, Diane Labrosse et Geneviève Letarte (1997), Massimo Guerrera (1997), les Secrétaires Percutantes (1998) et Jean-François Pirson (1998), ont fait résonner leurs instruments, leurs voix, leurs textes et leurs présences lors des soirées de performance, de musique actuelle, de danse et de lectures publiques. Nous verrons plus loin comment le collectif a réussi à intégrer les activités de disciplines à sa programmation en galerie.

À travers son histoire, DARE-DARE (la galerie) a occupé quatre lieux différents. Du premier local sur la rue Laurier, le centre a déménagé en 1987 au 4060, boulevard Saint-Laurent, en 1990 au 279, Sherbrooke Ouest et, à l’été 1996, au 460, Sainte-Catherine Ouest, se rapprochant ainsi de plus en plus du centre des affaires de Montréal.

Chambre avec vues

C’est également 1996 que DARE-DARE a précisé son mandat fondateur et accentué deux axes majeurs d’intervention:

1) élargir et favoriser l’accès de ses services aux jeunes artistes;

2) privilégier de plus en plus les démarches questionnant le ou les types de lieux possibles de diffusion de l’art.

La même année, DARE-DARE présentait l’exposition Nouveaux repères, un trio composé d’étudiants de chacun des trois programmes universitaires en art à Montréal: Peter Conlin, Chloé Lefebvre et Philippe Tessier. Le centre a par la suite présenté de nombreux projets de maitrise (Martin Boisseau, Daniel Corbeil, Christine Lebel, Marie-Suzanne Désilets). Le centre continue d’encourager les jeunes artistes et présente de nombreuses premières expositions solo, tout en laissant la possibilité aux artistes établis de lui proposer des projets spécifiques allant dans le sens de ses objectifs.

La question du lieu s’est manifestée suite à la volonté des membres du centre de répondre aux nouveaux besoins des artistes en matière de diffusion de projets. Ceux-ci impliquent souvent une transformation de l’espace de la galerie.

Chantier 365, L intention

Depuis, DARE-DARE diffuse des projets hors les murs. Le centre soutient ainsi les démarches d’artistes désireux d’aller à la rencontre d’autres publics et de confronter leur pratique à un contexte spécifique, différent de celui de l’atelier ou de la galerie. Il peut s’agir, par exemple, d’un projet en collaboration avec une communauté ciblée, d’une intervention publique ou d’une exposition in situ dans un lieu inédit. Ces déplacements de l’activité artistique peuvent advenir à l’étape de la recherche, de la création et/ou de la diffusion de leur projet. L’espace de la galerie peut également servir comme lieu de diffusion, de recherche pour ces projets. Il arrive donc que DARE-DARE présente en galerie des expositions qui s’inscrivent dans un projet hors les murs (Marie-Suzanne Désilets, Yves Gendreau, Denis Farley).

Le projet Immixtion - Sites of engagement concrétisait la réflexion amorcée par les membres sur la problématique des lieux de diffusion. Chacun des participants (Mary Sui Yee Wong, Mindy Miller, Suzanne Valotaire, Devora Newmark, Ber Lazarus, Carole Beaulieu et Solomon Tzeggai) a élaboré une résidence d’artiste dans une communauté spécifique. Les interventions furent ensuite présentées dans un livre d’artistes conçu par P.K. Langshaw lancé en novembre 1996. En diffusant des projets hors les murs tels que Immixtion, DARE-DARE désirait stimuler la rencontre avec un autre public que celui qui fréquentait habituellement son espace d’exposition.

chocolate Lady

En septembre 1997 DARE-DARE lançait Orbitæ, une publication sur la programmation 1996-1997 amorçant la réflexion du collectif sur la problématique du lieu en art actuel. Cet ouvrage regroupait de nombreux collaborateurs à la rédaction, dont Marie-Michèle Cron et Lesley Johnstone. Suite au succès de sa programmation, les membres veulent aiguiser leur expertise en matière de hors les murs. Lors de la journée d’étude du 21 février 1999, les membres de DARE-DARE ont manifesté la volonté d’explorer plus profondément la notion de public inhérente à la préoccupation sur le lieu.

Durant tout l’été 1998, sur un terrain vague au coin de René-Lévesque et Lucien l’Allier, Yves Gendreau présentait Chantier #365, l’intention, un chantier évolutif et ludique qui est vite devenu un élément perturbateur dans le quotidien des passants. Le projet touchait ainsi un public plus large. En octobre 1998, Jean-François Prost présentait Chambre avec vues, une intervention sur un terrain vacant, angle Jeanne-Mance et Sherbrooke. Chambre avec vues était un cabanon inspiré d’un hangar de ruelle de Montréal, auquel l’artiste a greffé des moniteurs vidéo. L’artiste, qui a vécu sur place pendant les neuf jours d’exposition, était là pour accueillir les passants. Les projets hors les murs de Yves Gendreau et de Jean-François Prost ont généré des échanges en proposant divers types d’interrelations entre l’artiste, l’œuvre et le public. Ils ont suscité l’intérêt du milieu (comme en témoignent de nombreux articles de fonds sur ces deux interventions). Ce fut l’occasion pour l’équipe de DARE-DARE de développer son expertise en projets hors les murs. Deux expositions sur un terrain vacant du centre-ville, deux approches différentes, ont suscité beaucoup de réflexions et de discussions au sein du collectif quant aux stratégies de diffusion que nécessite ce type de projet.

Suite à la volonté des membres du centre de répondre aux nouveaux besoins des artistes, DARE-DARE a donc soutenu, depuis 1996 des projets hors les murs, des interventions dans le tissus urbain (Denis Farley, Christine Lebel, Marie-Suzanne Désilets), des expositions évolutives (Josée Fafard et Stéphane Gregory, Massimo Guerrera, Shannon Cochrane et Jacob Wren), interactives (Jean Dubois, Interstices), ainsi que des processus qui transforment l’espace de la galerie (Stéphane Gilot, Ildiko Repasi, Julie-Andrée T, Thomas Bégin).

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En 2000, DARE-DARE présentait le projet d’échange et de coopération L’algèbre d’Ariane. Le premier volet se déroulait à l’espace Les Brasseurs Art Contemporain à Liège, Belgique et le second, dans deux locaux commerciaux et un appartement vacants du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. Artistes montréalais: Caroline Boileau, Loly Darcel, Raphaëlle de Groot, Stéphane Gilot, Massimo Guerrera, Yvonne Lammerich; artistes liégeois: Mélanie Cüpper, Alain De Clerck, Emmanuel Dundic, Pierre Gérard, Christophe Gilot, Pascal Pagnani. L’exposition se présentait comme une parcours que les visiteurs, par leurs choix, devaient eux-mêmes tracer. Mais surtout, elle résultait d’une collaboration in situ entre les douze artistes du projet.

Du 5 avril au 13 mai 2000, DARE-DARE présentait une série d’activités dans le cadre de son quinzième anniversaire. Geneviève Crépeau, Emanuel Licha et Victoria Stanton ont tour à tour habité l’espace de la galerie par une performance en lien avec leur exposition. La Thérapie collective offrait aux artistes et travailleurs culturels des services gratuits de consultation, de massage et d’activités libératrices. Grâce à beaucoup de générosité (et un brin d’humour) de la part des thérapeutes en poste, ils ont pu se délivrer des frustrations et incertitudes liées à leur vie d’artiste! Enfin, le Café Liégeois a permis au public de rencontrer les artistes du projet d’échange et de coopération Liège-Montréal L’algèbre d’Ariane tout en dégustant des spécialités belges. DARE-DARE a profité des festivités du quinzième anniversaire pour lancer une deuxième publication, Mobilité et Résonances.

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Du 31 mai au 22 septembre 2002, DARE-DARE organisait en collaboration avec le Centre d’histoire de Montréal l’évènement Mémoire vive. Initié par Raphaëlle de Groot, Mémoire vive dessinait un cadre de réflexion où artistes et intervenants du domaine du patrimoine étaient appelés à partager méthodes de travail et d’investigation, stratégies, moyens d’intervention et manières de façonner l’histoire. Ce travail permettait de penser et de poser des gestes dans la ville pour en activer la mémoire et se l’approprier. Il s’agissait d’un laboratoire, d’un chantier d’essais, d’idées et d’actions s’adressant autant à un public pris sur le vif dans les rues de Montréal, qu’aux visiteurs du Centre d’histoire ainsi qu’aux milieux des arts visuels et de l’interprétation de l’histoire. Participants: Action Terroriste Socialement Acceptable, Caroline Boileau, Mireille Cliche, Ani Deschênes, Guy Giard, Internationale Virologie Numismatique (Mathieu Beauséjour), Denis Lessard, Terres en vues, Nadia Myre et Vlan Paysages.

DARE-DARE continue à appuyer les nouvelles pratiques et les gestes d’art reliés à l’interdisciplinarité, la transdisciplinarité ou «l’indisciplinarité». Avec le projet d'articulation urbaine DIS/LOCATION, qui se déroule sur plusieurs volets, le centre d’artistes autogéré se consacre maintenant de façon permanente à la diffusion des pratiques artistiques se déployant dans l'espace public de la ville.