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Programmation

Caroline Gagné

Peupleraie - Corps social et corps sonore

Peupleraie propose d’explorer la présence sonore d’une communauté d’arbres, celle des peupliers, dans la trame urbaine du quartier Petite-Bourgogne et du canal de Lachine, comme métaphore de « milieu de vie » et de corps social.


De l’ancien français peuple et -⁠ier, « arbre » le peuplier est reconnaissable au bruissement et au tremblement particuliers de ses feuilles épaisses quand elles sont soumises à l’action du vent. Sa musicalité, tout en étant délicate, est prégnante dans l’imaginaire commun, elle avive le sentiment d’espace et d’apaisement. 

De croissance rapide, cet arbre peu exigeant est l’une des premières espèces à peupler les abords des zones humides et des friches urbaines. En ce sens, il dessine les contours d’espaces citoyens ouverts à l’appropriation. Aujourd’hui intégrés aux aménagements paysagers de l’arrondissement Centre-Sud de Montréal, d’imposants spécimens témoignent, d’une manière imagée, des multiples mutations économiques et sociales qui ont façonné, et façonnent encore, ses quartiers.

Dans la perspective de la thématique proposée par DARE-DARE invitant à réfléchir « aux espaces en mouvement, à leur emplacement, déplacement, replacement, à leur métamorphose, aux espaces de fuite [et] aux espaces qui fuient. », Peupleraie souligne la présence de peupliers repérés dans les rues, les ruelles et les parcs. 

Pour le promeneur ou la promeneuse muni d’un téléphone portable et d’écouteurs un agencement d'enregistrements donne à entendre les sonorités du vent dans les feuilles des peupliers. Par l’entremise d’une interface web, les sons augmentent en intensité ou se dissipent selon qu’il et elle s’approche ou s’éloigne d’un arbre géolocalisé. Ce faisant, les déplacements délimitent aussi des silences qui s’installent dans les interstices d’un arbre à l’autre, laissant se manifester la présence d'autres bruits environnants au fil de l’écoute. 

Dès lors, on peut imaginer que toutes ces superpositions et juxtapositions qui existent dans les lieux et la temporalité des arbres et des personnes, constituent une interrogation formelle; comment la cohésion d’un groupe se construit-elle en relation avec le milieu dans lequel il évolue, et comment mettre en lumière une perception partagée des écosystèmes que l’on côtoie qu’ils soient ouverts et de grandes envergures ou intimes et personnels.



Caroline Gagné

Les propositions artistiques de Caroline Gagné tentent de rendre compte des infimes changements qui révèlent les lieux qu’elle explore, tels des indices, mais sans les montrer explicitement. Elle les dévoile en élaborant des dispositifs variés composés d’objets, de captations de mouvements, de sons ou de matières brutes. Les œuvres qui en résultent sont des interfaces sensibles dont la poésie tient à la connectivité qu’elles établissent, en l’orchestrant avec les éléments qui les constituent, mais aussi avec les lieux auxquels elles renvoient et avec les personnes qui les fréquentent. 

En 2020, la collection nationale du Musée d’art contemporain de Montréal fait l’acquisition de son œuvre Le bruit des icebergs pour l’intégrer à sa collection permanente. En 2022, les éditions Oboro publient Caroline Gagné : Donner corps à l’insaisissable / Embodying the Intangible, un regard rétrospectif de son parcours artistique. La même année, l'installation de réalité virtuelle Autofading_Se disparaître est finaliste pour le Prix Vidéré Création en arts visuels. Active dans son milieu, elle a assuré la direction artistique du centre d’artistes Avatar de 2013 à 2019. Caroline Gagné vit et travaille à Saint-Jean-Port-Joli et Québec.