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Programmation

Michèle Delisle

Peintures

La manière dont le hasard prendra forme… qui le sait? Mais il peut y avoir une sensation.


Le prétexte ?

" Pour peindre, un prétexte (une idée) n'est pas indispensable. Loin de là. En général, je ne sais que très peu de choses quand je commence une toile. La manière dont le hasard prendra forme... qui le sait? Mais il peut y avoir une sensation. Ou une image qui devient le prétexte pour commencer. Et quelquefois même, ce prétexte, qui ne semblait qu'une vague excuse pour affronter la toile blanche, s'incruste, s'enrichit, s'épaissit de nouvelles sensations qui lui sont toutes liées. Pourquoi?

Mystère. On ne le découvre que plus tard. C'est toute la magie du geste de peindre. Picasso disait d'ailleurs que, si l'on sait d'avance ce qu'on va peindre, cela ne vaut même pas la peine de commencer. Oserai-je alors vous confier mon prétexte? C'est, pour le moment, la seule chose que je puisse faire. Mais parlons plutôt d'un attrait que d'une idée.

Le vase comme contenant. Un dehors, mais aussi un dedans. Plein, vide, opaque ou transparent. Ouvert comme un puits, ou fermé sur son contenu. Toute sa vie, Morandi a peint des vases. Il leur insufflait une vie qui les transformait en personnages. Je voyais le vase plutôt comme un espace. Et un espace, en général, limité. Jusqu'au jour où, par hasard, le cosmos tomba dans l'urne.

À ce premier « prétexte », paradoxalement, s'ajoutaient les huîtres de Braque, offertes sur un plat : l'onctueux, le mou, l'épaisseur de la chair. La matière par opposition au vide. Mais même cette union n'était pas préméditée. Si je décidai de la conserver, c'est que, conjointement, ces deux choses me donnaient la sensation d'accéder à la globalité du monde. Curieusement, l'huître et le vase réunissaient en eux l'infini. Tout le reste était imprévisible. Toutes les associations, des surprises. Et il pourrait y en avoir d'autres. Les vôtres, par exemple.

La manière dont le hasard prendra forme…qui le sait? Mais il peut y avoir une sensation. Ou une image, qui devient le prétexte pour commencer. Et quelques fois même, ce prétexte qui ne semblait qu’une vague excuse pour affronter la toile blanche, s’incruste, s’enrichit, s’épaissit de nouvelle sensations qui lui sont toutes liées. Pourquoi? "  Michèle Delisle


Née à St-Jérôme en 1947. Michèle Delisle partage son temps entre Montréal et Florence (Italie). Reçue bachelière aux Beaux-Arts de l'Université de Concordia, elle étudie la gravure avec Francine Beauvais en 1976. Elle a à son actif une quarantaine d'expositions nationales et internationales. Michèle Delisle est boursière du ministère des Affaires culturelles. Son œuvre fait partie des collections de grandes entreprises et de la Banque d'œuvres d'art du Conseil des arts du Canada.